Le veilleur d’âme

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Le veilleur d’âme

par François Debuiche

 

Par les forêts du ciel, que plus d’un peine à voir

Quand, tombant par degrés, la nuit se vêt de noir

Et que souffle, caché, un vent mystique au ciel

Qui laisse deviner, à leurs éclats de miel,

 

Dans le sillage, ouverts, des Petite et Grande Ourse,

Quelques pots du nectar servi par mille abeilles,

Les constellations, entrouvrant une bourse

Faite des têtes d’or des étoiles vermeilles,

 

Font chanter la ramure, entre cime et perchoir,

Des arbres de leurs yeux, fréquentés des oiseaux.

La volière invisible, où bruissent les roseaux

 

Inouïs et secrets, alanguis en leurs eaux,

Entrouvre alors la porte aux symphonies du soir

Dont seul un veilleur d’âme entend le sombre appel.

 

 

 

Voix océanes

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Voix océanes

par Henri Bernard Abran
***

Sous les nuages noirs, l’eau s’enfle et se déchire

Dans le creux des remous arrachés par le vent.

Zeus, en Maître des flots, pour ce ballet mouvant,

Se pare des atours indécents du vampire.

 

Comme un fauve exalté lorsque la proie expire,

Par dessus l’horizon, au miroir du Levant,

Éole s’époumone en chevalier servant,

Quand la vague au ressac se cabre et se retire.

 

Les Goélands du large en vols majestueux,

Sur les bords incertains du gouffre impétueux,

Glissent dans le fracas des voix de l’Atlantique.

 

Dans ce tableau parfait que l’écho seul trahit,

Le souffle de la vie aborde le mystique;

Le chant de l’océan me berce et m’envahit.

 

 

L’empreinte du temps

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L’empreinte du temps

par Maryse Abran-Pengrech

À l’unisson des cœurs le temps marque une trêve,
Sensible aux trémolos de l’amour clandestin
Dont il connaît l’envol à l’heure du matin
Dans un sillage bleu vers l’étoile du rêve.

Aux corps énamourés se dévoile une grève
Émergeant de la nuit aux douceurs de satin,
Où s’accomplit, sereine, en dépit du destin,
Des esprits en un seul, l’apothéose brève.

Oui ! le fleuve des jours où sombrent les émois,
Par l’adieu laissera dans chaque âme aux abois,
De la glace et du feu, la brûlure vorace ;

Mais, ce soir, laisse donc le sort multiplier
L’indélébile instant que le bonheur embrasse,
Retiens ta poudre d’or, ô fatal sablier.

 

 

Le sanglier

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LE SANGLIER

par Roland Marx

Il porte sur le front des siècles de fureur,
La hargne des seigneurs qui le chassaient naguère
Quand sa harde affamée au boutoir éventreur,
Barbare, déferlait, telles légions en guerre,
Sur les maigres lopins où le serf s’échinait.
***
Émergeant de sa bauge et des noires légendes
Où l’intense clarté du jour le confinait,
Il surgit des taillis en lourdes sarabandes
Qui font trembler le sol, le peuple des forêts,
Jusqu’à la lune rousse auréolant sa hure.

Corps massif et trapu, l’empereur des gorets
Fracture le sous-bois pour sa progéniture,
Les marcassins en file au pelage rayé.

Et lorsque prennent fin ses prairies frénétiques,
Quand l’effroi de la nuit par l’aube est balayé,
Il retourne au séjour des monstres méphitiques,
L’Ardenne, le Latium et les contrées celtiques.

(Inédit – première page d’un futur bestiaire vosgien)