
Crépuscule
par Bertrand Jacob
Sur la ville qui dort son sommeil de ciment,
La pluie aux fins pinceaux dessine l’aquarelle
Du spleen. Le paradis crayeux d’une marelle
Sur le trottoir mouillé s’efface doucement.
Un bec de gaz frileux, pris de grelottements,
Diffuse une lueur blafarde qui chancelle.
Deux chats font le sabbat auprès d’une poubelle,
Poussant, griffes dehors, de longs miaulements.
Quelquefois, sur le fleuve enveloppé de brume,
Un remorqueur trapu jette un cri d’amertume
Dans le silence noir et profond de la nuit
Cependant que la lune insomniaque et pâle,
Derrière le bandeau d’un nuage qui fuit,
Écarquille son œil aux tons nacrés d’opale.
