La Saint-Elme

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La Saint-Elme

par Gemini

*

Il est dans la coutume en saison estivale

De fêter la Saint-Elme, en patron des marins

Et d’ouvrir sa mémoire à l’offrande navale :

Aux morts, aux disparus, source de nos chagrins.

*

On célèbre au début de la cérémonie

Une messe publique avec les gens de mer ;

Parents et sauveteurs, famille comme unie,

Se recueillent alors sur un Pater noster.

*

A l’issue, on embarque, à la main une rose,

Témoin du souvenir qui couvrira les flots,

Comme ultime pensée à celui qui repose

Dans les eaux d’un abyme abîmé de sanglots.

*

Un silence se fait, puis une Marseillaise

Retentit dans l’azur, en un bel unisson ;

Le vent passe un instant et la douleur s’apaise

Quand l’eau de la surface est prise d’un frisson.

*

Lors, pour sonner le glas de l’hommage posthume,

On souffle ses adieux dans la corne de brume.

 

Isabelle

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Isabelle

par SYMPA

*

Après avoir cueilli sans la moindre espérance

Une gerbe de fleurs au jardin de l’amour,

Arc-en-ciel égayant mon sinistre séjour,

Je me dois désormais d’accepter l’évidence :

*

Je pensais adorer leur beauté, leur flagrance,

Les voir s’épanouir, près de moi, chaque jour,

Mais malgré tant d’espoir, mon cœur de troubadour

N’as su battre si fort qu’en ta brève présence.

*

Si je ne suis pour toi qu’un lointain souvenir,

Comme on garde en mémoire un poème, une prose,

Tu m’obsèdes encor, majestueuse rose !

*

Peut-être que ces vers te feront revenir,

Que je pourrai revoir dans tes yeux l’étincelle

Qui m’avait embrasé, fascinante Isabelle !

 

Inspiration estivale

 

Inspiration estivale

par Darius Hyperion

 

Tes Cheveux fins et roux caressent ton Corps nu,
Gardiens de ta Pudeur que les Draps ont trahie,
Et, comme la Vénus sous la Voûte ébahie
Du Ciel qui la voit naître en ce Tableau connu,

Tu caches d’une Main, dans un Geste ingénu,
Tes Seins. J’aurais pour toi pris Rome et l’Achaïe,
Mais en l’Instant combien, combien je t’ai haïe
De n’être à ton Chevet qu’un Satyre cornu.

Tu dors, et la Pénombre enveloppe tes Courbes
Mieux que mon Rêve dans ses Instincts les plus fourbes.
Morphée, ôte tes Bras ! Mon Cœur bat, mon Sang bout !

Muse, ta Sieste est longue, aussi longue est ma Peine.
Le Soleil que tu fuis décline sur la Plaine.
Debout, ma Paresseuse, il est l’Heure, debout !

 

Pleurs de poète

 

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Pleurs de poète

par Annie Perrier

 

L’atelier se termine, il me manque un sonnet,

Car ma muse est en froid et réclame un polaire,

Je dois la réchauffer, je crains fort sa colère,

Ne sachant pas broder même un simple bonnet.

*

Je frappe chez l’ami pour emprunter sa rime,

Il me faut éviter que la mienne périme,

Elle file aussitôt comme un pauvre rebras.

*

Que vais-je devenir si ma chandelle est morte ?

Pleurer de tout mon saoul et puis baisser les bras ?

De l’inspiration forcer un peu la porte ?

*

Voudra-t-elle toujours d’un triste écrivaillon,

Qui pêche encor ses vers à la saveur morose,

Dans un étang stagnant aux senteurs d’eau de rose,

Lassé de parfumer un modeste haillon ?

 

 

La maison vide du sansonnet

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Sonnets.

La maison vide du sansonnet

par Jean-Pierre Lastrajoli

D’après un vers de W.B. Yeats
Come build in the empty house of the stare

Les champs sont labourés par le soc des obus
Une grêle d’enfer venue d’un ciel de cendres
Voit l’aigle et puis le coq tour à tour se pourfendre
Pour cesser à la nuit saignants fumants fourbus

Les couleurs sont perdues dans la nuit des tribus
Nul ne voit des nuées de sansonnets descendre
Le verger parfumé jadis de drupes tendres
Subsiste en souvenir hélas mis au rebut

Les champs sont dénués de travail et de vie
Tous les arbres semblent des spectres calcinés 
Formes faméliques par la guerre asservies

Un ancien paysan sur le pré embruiné
Prie les butineuses aux campagnes ravies
De venir rebâtir les villages ruinés

 

 

Sonnet d’exergue

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En exergue à un recueil

Léo Porfilio

Dans les courants présents que la paresse inonde,
Écoutons-nous toujours la musique du monde ?
Saurions-nous rétablir les troublantes beautés
Que forgeaient les auteurs des siècles regrettés ?

Taillons-nous dignement le marbre de la langue
Au point de dénuder la gemme de sa gangue ?
Le sonnet pour calibre et l’âme pour burin,
J’ai sculpté par amour un humble alexandrin.

Le poète, habitant d’un symbolique empire,
Expire en flammes d’or les braises qu’il inspire.
Et puisqu’il faut languir avant de s’en aller,

Sous la nuit qui me tient, j’écris pour étoiler.
Espérons que la forme immuable agglomère
La splendeur éternelle et le charme éphémère.

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Le veilleur d’âme

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Le veilleur d’âme

par François Debuiche

 

Par les forêts du ciel, que plus d’un peine à voir

Quand, tombant par degrés, la nuit se vêt de noir

Et que souffle, caché, un vent mystique au ciel

Qui laisse deviner, à leurs éclats de miel,

 

Dans le sillage, ouverts, des Petite et Grande Ourse,

Quelques pots du nectar servi par mille abeilles,

Les constellations, entrouvrant une bourse

Faite des têtes d’or des étoiles vermeilles,

 

Font chanter la ramure, entre cime et perchoir,

Des arbres de leurs yeux, fréquentés des oiseaux.

La volière invisible, où bruissent les roseaux

 

Inouïs et secrets, alanguis en leurs eaux,

Entrouvre alors la porte aux symphonies du soir

Dont seul un veilleur d’âme entend le sombre appel.

 

 

 

Voix océanes

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Voix océanes

par Henri Bernard Abran
***

Sous les nuages noirs, l’eau s’enfle et se déchire

Dans le creux des remous arrachés par le vent.

Zeus, en Maître des flots, pour ce ballet mouvant,

Se pare des atours indécents du vampire.

 

Comme un fauve exalté lorsque la proie expire,

Par dessus l’horizon, au miroir du Levant,

Éole s’époumone en chevalier servant,

Quand la vague au ressac se cabre et se retire.

 

Les Goélands du large en vols majestueux,

Sur les bords incertains du gouffre impétueux,

Glissent dans le fracas des voix de l’Atlantique.

 

Dans ce tableau parfait que l’écho seul trahit,

Le souffle de la vie aborde le mystique;

Le chant de l’océan me berce et m’envahit.

 

 

L’empreinte du temps

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L’empreinte du temps

par Maryse Abran-Pengrech

À l’unisson des cœurs le temps marque une trêve,
Sensible aux trémolos de l’amour clandestin
Dont il connaît l’envol à l’heure du matin
Dans un sillage bleu vers l’étoile du rêve.

Aux corps énamourés se dévoile une grève
Émergeant de la nuit aux douceurs de satin,
Où s’accomplit, sereine, en dépit du destin,
Des esprits en un seul, l’apothéose brève.

Oui ! le fleuve des jours où sombrent les émois,
Par l’adieu laissera dans chaque âme aux abois,
De la glace et du feu, la brûlure vorace ;

Mais, ce soir, laisse donc le sort multiplier
L’indélébile instant que le bonheur embrasse,
Retiens ta poudre d’or, ô fatal sablier.

 

 

Le sanglier

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LE SANGLIER

par Roland Marx

Il porte sur le front des siècles de fureur,
La hargne des seigneurs qui le chassaient naguère
Quand sa harde affamée au boutoir éventreur,
Barbare, déferlait, telles légions en guerre,
Sur les maigres lopins où le serf s’échinait.
***
Émergeant de sa bauge et des noires légendes
Où l’intense clarté du jour le confinait,
Il surgit des taillis en lourdes sarabandes
Qui font trembler le sol, le peuple des forêts,
Jusqu’à la lune rousse auréolant sa hure.

Corps massif et trapu, l’empereur des gorets
Fracture le sous-bois pour sa progéniture,
Les marcassins en file au pelage rayé.

Et lorsque prennent fin ses prairies frénétiques,
Quand l’effroi de la nuit par l’aube est balayé,
Il retourne au séjour des monstres méphitiques,
L’Ardenne, le Latium et les contrées celtiques.

(Inédit – première page d’un futur bestiaire vosgien)