Mois : décembre 2018
Le fauteuil
Le fauteuil
par Jean Calbrix
C’est un large fauteuil — Louis quinze peut-être —
Il est là dans un coin avec des airs de veuf
Son beau reps jaunissant n’est plus tout à fait neuf,
Et son bois très ancien fleure encor bon le hêtre.
Que fait-il esseulé, ce vénérable ancêtre
Qu’éclaire la lueur sourdant d’un œil de bœuf ?
Son dossier disparaît dessous un drap d’Elbeuf
Et ses bras sont tendus, semblant chercher un maître.
Il se souvient, c’est sûr, des grands postérieurs,
Des bandes de gamins sautant sur lui, rieurs,
Des fessiers de marquis, des croupes de duchesses.
Ah ! fauteuil du bon temps, tu connais les dessous
Et tu nous contes là les subtiles caresses
Quand tes ressorts usés chantent des amours fous.
Le buffet
par Arthur Rimbaud
Très vieux, a pris cet air si bon des vieilles gens ;
Le buffet est ouvert, et verse dans son ombre
Comme un flot de vin vieux, des parfums engageants ;
De linges odorants et jaunes, de chiffons
De femmes ou d’enfants, de dentelles flétries,
De fichus de grand’mère où sont peints des griffons ;
– C’est là qu’on trouverait les médaillons, les mèches
De cheveux blancs ou blonds, les portraits, les fleurs sèches
Dont le parfum se mêle à des parfums de fruits.
– Ô buffet du vieux temps, tu sais bien des histoires,
Et tu voudrais conter tes contes, et tu bruis
Quand s’ouvrent lentement tes grandes portes noires.
Un don du ciel

UN DON DU CIEL
par Dominique Simonet
*
En Pays d’Avignon, courez faire une étape,
Vous verrez un palais d’époque de splendeur,
Ou bien sur le vieux pont, dansez-y plein d’ardeur,
Et puis goûtez surtout au Chateauneuf du Pape.
*
Quand on boit ce nectar, tout un passé vous frappe
Qui vient frôler le nez d’une puissante odeur,
Un souvenir lointain, sempiternel frondeur,
Le vin et le divin unis dans une grappe.
*
Drapé de robe pourpre, éclatant incarnat,
La liqueur dans le verre annonce son grenat,
Son élégance avec sa gloire ou son panache.
*
Le ciel a mis son cœur au sein de ce terroir,
Où se marient syrah, mourvèdre et le grenache,
Comme un éclat de Dieu au reflet d’un miroir !


