Autoportrait aporétique

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Autoportrait aporétique

par Archibald
*

Enfant inattendu ainsi que le messie,

Je suis né de parents ne s’étant pas connus,

Si bien que l’on ne sait si pour venir ici

J’ai poussé de la terre ou suis tombé des nues.

*

Gai rossignol aphone au milieu des futaies,

J’ai lutté par faiblesse et grandi par hasard

Et je suis devenu déjà ce que j’étais :

Un être singulier, ordinaire et bizarre.

*

J’ai le visage franc et l’âme déguisée.

J’ai l’air d’un moins que rien qui s’aime plus que tout.

Je suis la partition d’un rôle improvisé

Dans un somptueux théâtre où personne ne joue.

*

Je suis un laborieux qui ne fait que la sieste,

Un jour de pleine lune, un croissant de soleil

Qui se couche à l’aurore et qui se lève à l’ouest.

Je suis de l’air en boîte et du marbre en bouteille.

*

Je sais m’enorgueillir des revers que j’essuie.

J’avance pas à pas en prenant du recul.

Je suis un misanthrope humaniste, je suis

Un sceptique croyant, un naïf incrédule.

*

J’aime le charme neuf des toiles surannées

Et les plats raffinés aux parfums d’arsenic.

J’aime les jeux anciens et les bouquets fanés,

Et j’aime le silence. Et j’aime la musique.

*

Enfant je fus précoce et adulte, immature,

Dès lors jeune vieillard, s’il faut quitter ce lieu,

Ignorant du passé, oublieux du futur,

J’irai vers l’au-delà dans un train de banlieue.

*

À tous les morts de soif je lèverai mon verre

Et chanterai bien fort dans un dernier soupir :

Je me suis bien amusé perinde ac cadaver,

J’ai vécu dans les pleurs, je mourrai dans un rire.