Le fauteuil

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Le fauteuil

par Jean Calbrix

C’est un large fauteuil — Louis quinze peut-être —
Il est là dans un coin avec des airs de veuf
Son beau reps jaunissant n’est plus tout à fait neuf,
Et son bois très ancien fleure encor bon le hêtre.

Que fait-il esseulé, ce vénérable ancêtre
Qu’éclaire la lueur sourdant d’un œil de bœuf ?
Son dossier disparaît dessous un drap d’Elbeuf
Et ses bras sont tendus, semblant chercher un maître.

Il se souvient, c’est sûr, des grands postérieurs,
Des bandes de gamins sautant sur lui, rieurs,
Des fessiers de marquis, des croupes de duchesses.

Ah ! fauteuil du bon temps, tu connais les dessous
Et tu nous contes là les subtiles caresses
Quand tes ressorts usés chantent des amours fous.

 

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Le buffet

par Arthur Rimbaud

C’est un large buffet sculpté ; le chêne sombre,
Très vieux, a pris cet air si bon des vieilles gens ;
Le buffet est ouvert, et verse dans son ombre
Comme un flot de vin vieux, des parfums engageants ;
*
Tout plein, c’est un fouillis de vieilles vieilleries,
De linges odorants et jaunes, de chiffons
De femmes ou d’enfants, de dentelles flétries,
De fichus de grand’mère où sont peints des griffons ; 

– C’est là qu’on trouverait les médaillons, les mèches
De cheveux blancs ou blonds, les portraits, les fleurs sèches
Dont le parfum se mêle à des parfums de fruits. 

– Ô buffet du vieux temps, tu sais bien des histoires,
Et tu voudrais conter tes contes, et tu bruis
Quand s’ouvrent lentement tes grandes portes noires.

 

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