Érections

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ÉRECTIONS

par Wasche

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En la place plaisante, au charmant val des cygnes,

On érigea jadis, en pierres, une tour

Énorme, et la fierté de la gent alentour

Vit en ce fort totem ses qualités insignes.

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Mais si on la voyait, on en l’entendait point,

Alors elle accueillit deux vigoureuses cloches

Puis prit encor du pied quand, en ennemis proches,

Il fallut surveiller de François l’embonpoint.

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Las ! par ces lourds ajouts qui la mirent obèse,

Dieu ne put empêcher que le sol elle baise ;

La pauvre jusqu’en bas s’écroula ! Patatras !

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Au lieu d’elle, aujourd’hui, se plante un pieu de fer

Qui, de mots réunis en un joyeux fatras,

Chante sa litanie au ciel… la pointe en l’air.

 

La montre

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LA MONTRE

par Marcel Michel

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Dans un écrin de cuir vieillot et craquelé,

Abîmé par le poids des ans que tout emporte,

Une montre dormait, usée, elle était morte,

D’avoir bercé son cœur de métal martelé.

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Au velours cramoisi du boîtier éraflé,

Loin des goussets profonds que la main réconforte,

Elle ne trottait plus, le temps qui tout apporte

Avait cessé de battre au pas articulé.

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Elle disait : « Tic-tac ! Tic-tac ! Tic-tac ! » sans cesse,

De sa voix de rivets, de vis et de métal.

Elle disait « Tic-tac ! » jusqu’à l’instant fatal !

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Toujours d’un pas précis, même dans sa vieillesse

Et, puis un dernier souffle a brisé son ressort,

C’est ainsi que tout meurt et c’est là notre sort !

 

Les fous

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LES FOUS

 par Dominique Kirchner

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Ils traînent leurs souliers dans ce couloir étroit,

Ou bien restent assis, prostrés sur une chaise,

Quand d’autres, agités, d’un geste maladroit,

Pourchassent des démons qui dansent sur la braise.

Ils ne disent un mot, ou rigolent tout seuls,

Tiennent de grands discours, de paix, de violence,

Et derrière ces murs blancs comme des linceuls,

On entend quelque cri déchirer le silence.

Certains sont criminels et pourtant innocents ;

Si leur main a tué sans verser une larme,

Ils n’ont fait qu’obéir aux êtres tout-puissants

Martelant leur cerveau d’un énorme vacarme.

Comme dans une glace, on voit dans leur regard

Les craintes qui parfois perturbent notre somme ;

Et si la peur érige un immense rempart,

Surtout n’oublions point qu’un fou demeure un homme.

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Tiré de son recueil   « Le cri du corbeau »

Nevers

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NEVERS

par Tino Morazin

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Notre château ce jour, le premier de la Loire,

Accueillit les Gonzague à des moments divers,

Famille de Mantoue aux grands titres de gloire :

Elle prit pour cité, la ville de Nevers.

 

C’est Jean de Clamecy d’abord qui voulut faire

Un « hostel » en l’honneur de son nouveau comté,

Les Clèves par la suite, ont bien su le parfaire

Le dotant de ce style en Europe conté.

L’époque s’appelait toujours la Renaissance

Une ère consacrée au courant transalpin,

Lorsque le duc Louis dans sa magnificence

Sculpta le Mont Olympe et l’angelot poupin.

Arrêtons-nous céans, pour voir les deux façades

Surtout celle du sud aux superbes décors,

Le logis semble alors subir des embrassades

Car flanqué de trois tours qui habillent son corps.

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Un escalier à vis ainsi se cache en elles,

Il dessert chaque étage et ses appartements,

Puis leurs toits font penser à d’autres sentinelles

Sous l’œil d’un lanternon aux sourds commandements.

Le monument jadis, abrita la Justice.

Il y gagna son nom de vrai « palais » ducal,

Quel beau lieu pour signer la paix ou l’armistice,

Nous le saluerons donc, d’un regard amical !

 

 

                                               

 

 

Plage

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Plage

par Erratum

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Plage… Mot enchanteur nous ouvrant l’horizon

Sur l’immense océan, fantastique mouvance,

Un moment gris ou vert, le suivant, bleu de France

Et sans cesse changeant, tel le caméléon…

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Du flux et du reflux l’immuable chanson

Fait frissonner la grève et les vents, d’inconstance,

Apaisent leur haleine ou soufflent en puissance,

Zéphyr inoffensif ou fougueux Aquilon…

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Le discret friselis de la vague mourante

Est noyé sous l’assaut de l’onde déferlante,

Amante sans répit du pâle sable plan :

*

Elle gronde puis chuinte, écumant au rivage

Et crisse, crache, glisse, épuisant son élan,

Découvrant en ressac, pour un instant, la plage…

 

La quête

 

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La quête

par Acratopège

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Il est parti trop tôt vers ces pays étranges

Où coulerait le miel dans des ruisseaux en fleur.

Du monde des humains, ce hâvre de douleur,

Son âme a disparu comme la part des anges.

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Tel un faune immortel enivré par l’été,

Hier encore il courait dans la forêt ravie

Mais son cœur trop aimant soudain s’est arrêté

De battre la mesure et l’a laissé sans vie.

*

D’un claquement de doigts, la mort nous a privés

De son regard bleuté, plus clair que les névés

Quand se lève en secret la lune au teint de cire.

*

Il n’avait pas trente ans, ce père si câlin !

Enfin j’ai revêtu mon manteau d’orphelin

Pour explorer le monde en quête de son rire.

 

Ballade de la neige qui tombe

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Ballade de la neige qui tombe

par Quéribus

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Le ciel a sa teinte hivernale

Et la terre son blanc manteau,

Dans la froide saison finale

Qui souffle sur chaque coteau.

Les nuages font un linteau

Un peu comme sur une tombe ;

Couvrant les monts et le ruisseau,

Regardez la neige qui tombe.

*

Après la fraîcheur automnale,

Voici maître hiver à nouveau

Qui répand sa froideur banale

Sur la branche et sur le rameau ;

Une route pour le traîneau

S’écrit dans le bois et la combe ;

Formant un toit, un chapiteau,

Regardez la neige qui tombe.

*

Dessus l’école communale

Ou sur le moindre boqueteau,

Les flocons jouent leur bacchanale,

Formant un étrange faisceau ;

Il fait bien froid pour le moineau

Et plus d’une bête succombe ;

Bien à l’abri près du fourneau,

Regardez la neige qui tombe.

Il n’est plus de saisons

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Il n’est plus de saisons

par Hananke

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Les champs sont emblavés et le fruit de la terre,

Fortune qui nourrit un être humain sur deux,

Inocule du vert aux limons argileux

Comme un printemps naissant après l’hiver austère.

*

Les arbres n’ont point d’ors et bien que tributaire

Des courants violents, le feuillage pileux

Est aux branches pendu tel un essaim moelleux

Dans les cieux où triomphe un astre autoritaire.

*

Il n’est plus de saisons dans la barque du temps,

Immobile, échouée aux vases des étangs

D’un automne attendu qui piaffe et s’exaspère !

*

Chaque année, à tout âge, en chœur, à l’unisson,

On entend le refrain de la même chanson :

Il n’est plus de saisons me disait mon grand-père.

 

 

 

Masse Critique

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Masse critique

par Donaldo

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Je frémis me contracte, onde trop magnétique,

Fusion improbable entre gentils neutrons

Gavés à l’explosif, dopés aux électrons,

Prêts à tout pour atteindre une masse critique.

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Ce n’est pas ma nature, accusez la physique,

De sortir de mes gonds au nom de mes patrons,

Généraux étoilés et chefs de ces poltrons

Désireux de raser une tête amnésique.

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Libéré de ses maux, jeté dans l’univers,

Le monde s’éparpille, à l’endroit à l’envers,

Un nuage de gaz au parfum de fumée.

*

Je gémis me rétracte, un ultime soupir

Avant la nébuleuse où je m’en vais mourir

En sinistre oraison d’une fin programmée.

L’étang s’éteint

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L’étang s’éteint

par Anje

Quand le soleil s’allonge au dos de la colline,

Le bosquet tire l’ombre, éteint l’après-midi.

Le crépuscule naît dans l’espace engourdi

Et le ciel au ponant s’orne de coralline.

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Au sommet d’un grand arbre, où le feuillage luit,

Encore quelque instant d’une teinte cuivrée,

Silencieusement, le héron en livrée,

Ramassant son long cou, s’installe pour la nuit.

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La surface de l’eau qu’un souffle léger plisse

En friselis brillant de reflets argentins,

Dandine les colverts, immobiles pantins

Aveugles de l’obscur qui doucement se glisse.

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Afin de n’être plus qu’un paisible abreuvoir

Où les daims laperont la fraîche succulence,

Dans un petit moment envahi de silence,

La scène aura tiré son lourd voilage noir.

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Savourant le plaisir de voir l’étang se teindre,

Je défroisse du doigt ta chevelure d’ors

Offerte à ma caresse. Entre mes bras tu dors,

Le spectacle s’achève et l’étang va s’éteindre.